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vendredi 1 février 2013

Bréviaire des vaincus

... Rien ne nous précède, rien ne nous côtoie, rien ne nous succède. l'isolement d'une créature est l'isolement de toutes. L'être est un jamais absolu.

Qui pourrait être dénué de fierté au point de tolérer quoi que ce soit en dehors de lui ? Avant toi retentirent des chants, après toi continuera la poésie des nuits - cela, as-tu la force de le supporter ?

Si, dans la débâcle du temps, dans le miracle d'une présence, je ne vois pas se faire et se défaire le monde vivant, alors ce que je fus et que je suis n'approche même pas le frisson d'une ombre d'étonnement.

Emile Cioran - Bréviaire des vaincus

lundi 23 mai 2011

Ecce homo...

… « Je n'ai pas vu l'homme circulant dans la plaine et les plateaux de son être intérieur, mais je l'ai vu faisant travailler des atomes et de la vapeur d'eau, bombardant des fractions d'atomes qui n'existait peut-être même pas, regardant avec des lunettes, son estomac, sa vessie, les os de son corps, se cherchant en petits morceaux, en réflexes de chien.

Je n'ai pas entendu le chant de l'homme, le chant de la contemplation des mondes, le chant de la sphère, le chant de l'immensité, le chant de l'éternelle attente.
Mais j'ai entendu son chant comme une dérision, comme un spasme, semblable à celle du tigre, lequel se charge en personne de son ravitaillement et s'y met tout entier.

J'ai vu les visages de l'homme. Je n'ai pas vu le visage de l'homme comme un mur blanc qui fait se lever les ombres de la pensée, comme une boule de cristal qui délivre des passages de l'avenir, mais comme une image qui fait peur et inspire la méfiance. »…

Ecce Homo
Henri Michaux

mercredi 16 mars 2011

Paul Virilio

"La révélation, c'est que le monde est fini, que la Terre est trop petite pour nous, que la science l'a épuisée dans ses ressources et ses distances. C'est la fin de la géographie. Nous sommes dans une crise de réduction du monde. Le progrès de la vitesse est une pollution dont on ne parle pas.
La contraction du temps est un appauvrissement de l'étendue. Ce qui est dégradé, c'est la "grandeur nature" !"

Le Nouvel Observateur du 27 novembre au 3 décembre 2008

"Je ne suis pas technophobe ou contre le progrès. Il ne s'agit pas d'être contre le progrès, mais de lui permettre de subsister. A cet égard, je me reconnais dans ces propos d'Hannah Arendt : "le progrès et la catastrophe sont l'envers et le revers d'une même médaille". Il n'y a pas d'acquis sans perte, pas de progrès sans risque d'accidents. Jusqu'à présent, on a étudié les acquis du progrès, maintenant, nous devons en étudier les dégâts..."

Etudes n° 4102 de février 2009

"nous sommes sortis de l'immanence, prévient-il, pour entrer dans l'époque de l'imminence : celle des désastres à venir, qui pourraient arriver très vite. Mais aux accidents en cours, ou annoncés, il faut ajouter celui d'un "accident de connaissance". Voyez comme les financiers se sont montrés incapables d'évaluer la crise actuelle, de savoir la quantité de "produits toxiques" en circulation. Nous n'en savons pas beaucoup plus sur l'épandage des pesticides, des produits chimiques ou des OGM, ni sur leurs effets à long terme sur la fécondation humaine par exemple. Encore une faille de connaissance qui rappelle celle des centrales nucléaires !..."

Le Monde 2 du 22 novembre 2008

Paul Virilio